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édito

__ mot du directeur

 

Aller plus loin… Marcher un peu plus loin, ENSEMBLE.
Après avoir passé la barrière de Rösti, visité le Canada, l’Allemagne, Agbogbloshie, Pina et Merce, le Tyrol, tous les 4000 des Alpes… Après vous avoir embarquées* sur nos CARGOS et nos SLOOPS, nous vous prenons avec nous pour partir ENSEMBLE pour un voyage toujours plus lointain. Nous vous emmenons au Mexique, à la rencontre de leurs actrices, de leurs auteures et des sujets qui occupent les scènes et les rues. Nous vous proposons de prendre le temps au bord d’une piscine, de laisser vos pieds tremper et votre âme se faire bercer par le clapotis des vaguelettes et les splashs des plongeons, de laisser remonter les souvenirs avec l’odeur du chlore et de la crème solaire, déguster un Bortsch, divaguer au bord d’un trou, de faire face aux histoires de nos âmes… ENSEMBLE, nous allons suivre les lignes tracées entre les gens, entre des parents et leurs enfants, entre des sœurs, entre un homme et une femme, entre Elle et Lui, défaire et refaire 99 triangles…

Notre dramaturge a décomposé le monde des pièces que nous allons vous faire découvrir en figures et en graphiques pour essayer de le saisir par une poignée. Revenir dans l’enfance, quand on dépliait le monde entre diagrammes de Venn ou de Carroll et que tout se laissait ranger dans trois ENSEMBLES colorés : ENSEMBLES vides, ENSEMBLES pleins, ENSEMBLES hachurés, rayés bleus rouges ou verts… Regardez-vous dans ces figures pour entrer dans les univers de ces auteures vivantes qui interrogent les relations et les liens dans lesquels nous nous étirons. Prenez nos graphiques comme des cartes pour avancer ENSEMBLE dans aujourd’hui.

Aller plus loin… Toujours plus fort, et plus radicalement moderne, plus loin. Parce qu’après trois saisons de SLOOPS et de CARGOS, nous remontons dans nos embarcations pour continuer le voyage… Nous allons plus loin et faisons de cette saison un GRAND ENSEMBLE, un grand CARGO porte-SLOOPS !

Au fil de ces trois premières saisons, nous avons appris qu’en mettant en avant des textes, des écritures puissantes,  des poèmes forts, des personnages rocambolesques et des fables caractérielles, ce sont avant tout des actrices que nous voyons : une Écriture fait apparaître des Voix. Cette saison, nous mettons tout un ENSEMBLE en marche pour faire entendre ces paroles d’aujourd’hui.

Nous allons donc plus loin et vous invitons à rencontrer six actrices : vous en connaissez certaines, vous allez en découvrir d’autres ! Ce sont elles qui vont vous prendre par la main, et vous accompagner tout au long de cette saison_ensemble. Nous prenons le risque d’une permanence artistique, afin d’offrir de la durée à des actrices habituées à l’intermittence, nous agrandissons l’équipage des bureaux qui manœuvre le bateau du POCHE /GVE depuis quatre ans, nous l’ouvrons à six actrices qui vont s’installer ici pour toute une saison ! Nous voulons que dans ce théâtre vivent des artistes pendant longtemps, qu’elles y fassent leur nid, leur grotte, leur bureau dans nos loges et s’y sentent à la maison ! Nous rêvons d’un théâtre qui se fait dans la durée, prêt pour les plus longues traversées, pour des aventures, des apprentissages, des découvertes. Nous croyons à quelque chose qui se fabrique ENSEMBLE, et nous vous invitons à venir aimer ces visages changeants, à voir toutes les facettes d’une actrice, bord à bord, à les voir glisser d’une langue à l’autre, passer d’une figure à l’autre. Revenir au théâtre comme on rentre chez soi, pour revoir des visages connus ! Comme on va au stade, pour s’émouvoir des mêmes joueuses dans un jeu à chaque fois renouvelé ! Avoir un théâtre avec son équipe, ses actrices, comme on a son restaurant avec son personnel fidèle, son Pont du Mont-Blanc avec son Jet d’Eau.

Tout dans l’aventure du POCHE /GVE en appelle à votre curiosité :
vous ne connaissez pas encore ces auteures et leurs textes ; souvent, ces metteures en scène ne vous disent pas grand chose… Laissez ces actrices devenir vos éclaireuses et prenez leur main pour défricher ENSEMBLE cette nouvelle saison ! De pièces en textes, découvrez qui elles sont derrière leur masque de mots ! Faites-vous six nouvelles amies ! Et ENSEMBLE, faisons bouger les lignes !

_ mAthieu Bertholet

 

 

__ mot de la dramaturge

 

C’est une histoire de lignes

ligne de mire

Octobre 1998. Nyon. Piscine couverte du Rocher.
Jessica fronce les narines. // Ça sent les pieds. // Elle a raison. Les maillots mouillés et les pieds. Je m’avance jusqu’au bord. Le granit me pique les plantes. Un, deux, trois, les bras comme le A de la choré YMCA. Doigts, tête, bassin bien alignés. Inspiration.
// On se retrouve à cinq heures moins quart ? Tu viens chez moi regarder Hartley cœurs à vif ? //

Pourquoi je vais au théâtre moi ?

Pour entendre les respirations.

Pour voir les lèvres bouger en même temps que les mots.

 

ligne de fuite

Mars 1960. Dublin. Bobby’s Photo Studio.
Portrait de famille. La mâchoire saillante du grand-père déclinée en six. Six enfants, autant de mini maxi mâchoires en noir et blanc. Et puis mon père au milieu : pas l’ombre d’une protubérance sur les joues séraphiques du septième enfant. Point d’interrogation. À la ligne.

Août 1999. Versoix. Cabinet de la Dre Lazarevski.
L’orthodontiste indique ma radiographie. // Tu as la mâchoire inférieure un peu avancée. On va mettre des élastiques pour aligner tout ça. // Elle me tend un bol. // Tu veux quelle couleur ? // Elle me sourit, un sourire métallique aux accents rose fluo. J’ai un haut-le-cœur. Je pioche dans le bol. Bleu piscine.

Noël 2017. Morges. Chez mon père.
// Tiens, elle est où ta photo de famille ? // Mon père répond sans répondre : // Je déteste cette photo. //

Comment fait-on pour écrire des espaces ?

Parfois les lèvres bougent même quand il n’y a pas de mots.

 

ligne à haute tension

Mars 2005. Genève. Cafèt’ de l’uni.
// Alors ? // Il lève les yeux de son sandwich. // Euh, je sais pas trop… c’est un peu vulgaire… // Quelque chose dans mon ventre là qui tombe. Ouais c’est ça je t’ai vu quand tu la regardais sans la regarder dans le rouge des lèvres. Je parie qu’elle quand elle trace avec le crayon elle fait tout droit elle se loupe même pas.

Une phrase écrite peut contenir une inspiration.

Mais les expirations, elles, n’existent qu’en trois dimensions.

 

ligne de cœur

Mai 2018. Lausanne. Chez nous.
Mon téléphone vibre. J’imagine un fil tendu, un fil rouge et tout tout fin, qui nous relierait où que l’on soit. De temps en temps je pourrais tirer un coup sur le fil, et comme ça tu saurais que je pense à toi.

Les mots sont une manière parmi tant d’autres de se parler.

 

entre les lignes

Cette saison est une histoire de lignes. Les lignes de nos vies ordinaires qui se parallèlent, s’entrechoquent, s’imbriquent, entrent inévitablement en relation les unes avec les autres. Autant de fils qui se tendent dans l’air entre passé et présent, ici et là-bas.

Sur les pages suivantes, vous allez découvrir des figures. Elles représentent les chemins que j’ai arpentés en m’engageant dans ces textes, et les lignes que j’ai tracées pour tenter de les relier. Je vous invite à les observer, à les repenser, à en proposer d’autres. J’ai dessiné des lignes, mais c’est vous, spectatrices, qui allez lire entre.

 

_ Sarah Jane Moloney

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