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édito

__mot de la dramaturge

Une histoire nous attend, elle et ses sortilèges, et nous nous en réjouissons. Prêtes* à tout, nous nous tenons un peu sur nos gardes mais avec la joie de qui s’apprête à vivre une aventure. Qu’est-ce qu’une histoire si ce n’est un passage vers l’inconnu ? Alors nous venons à elle, au théâtre, comme durant des siècles de conteuses en conteuses elle venait à nous. Et nous voilà en écoute, la poésie au creux du ventre. Ce que nous nous apprêtons à vivre, autant que l’expérience du texte, c’est l’expérience d’une rencontre. C’est précieux.

UNE HISTOIRE EST MISE EN SCÈNE pour nous. Elle est le résultat de la décision ambitieuse d’inviter des écritures contemporaines exigeantes, souvent féminines, et de les confier à des metteures en scènes, comédiennes, artistes et techniciennes engagées afin que la pièce présentée soit remarquable, c’est-à-dire: singulière.

Une histoire nous enveloppe, elle et son labyrinthe, et nous tâtonnons. Il nous semble que tout s’éclaire plus mal, que tout devient plus difficile autour de nous. Il nous semble avoir fait le tour de tous les récits et de n’en avoir pas trouvé un seul à la mesure de nos questions. Alors vient cette enfant qui du haut de ses sept ans dit qu’elle ne veut plus // qu’on lui raconte d’histoires //. Qu’elle en a soupé, de nos mensonges. Elle regarde le livre que vous tenez dans vos mains et vous interroge : // tu vas lire tout ça ? //. Vous répondez que non, juste un passage, et qu’elle n’est pas obligée de rester si elle s’ennuie. Alors elle accepte d’écouter, puisqu’elle est libre de ne pas. Et vous commencez en tremblant, de peur de la faire fuir. Mais le chant est là, qui invente un monde. Et peu à peu l’enfant devient pirate, fée, et baleine. Elle traverse le temps. Sur son visage les MASQUES se succèdent, de toutes formes, tantôt gais, tantôt tragiques, et l’adulte que vous êtes qui lui raconte ces histoires les porte à son tour.

Ces masques-là – non ceux de protection que désormais nous connaissons bien mais les masques du théâtre, les masques des rituels, les masques du jeu, ces masques ancestraux – nous sont indispensables. En nous parlant de nous, en se jouant de nos camouflages, le théâtre vient ainsi nous démasquer en douceur.

Une histoire nous saisit et, avec elle, face au système qui ne cesse de nous imposer des identités factices, nous entrons donc en dissidence.

__Karelle Ménine